Le village africain comme lieu de vies

Auteur : La lettre de la CADE

Date de publication : samedi 02 mai 2009

Cet article appartient aux catégories suivantes : Afrique (général), Culture, Économie/Social.

Cet article est un compte rendu d’une première rencontre-débat organisé par la CADE sur les « lieux et territoires de mobilisation des ressources futures ». Dans ce premier volet, il s’agit d’appréhender l’évolution de la perception de ce lieu fondamental qu’est le village africain qui joue un rôle capital dans la mobilisation des ressources.

Cet article rend compte de deux exposés.

La première intervenante est Madame Tanella Boni, philosophe, écrivain et essayiste, universitaire ivoirienne.

Le village dans l’imaginaire africain

Pour Tanella Boni le village africain, multiforme, réel ou imaginaire, concentre une multiplicité de vies. Elle parle de « lieu de vies » en insistant sur ce pluriel. Le village, d'abord lieu d'habitation, est créateur de sens où s'affirment des valeurs telles que la fraternité, la sororité, l'entraide et la solidarité. Elle note l'absence de prisons, même si les châtiments existent et souligne l'importance des marchés de proximité qui participent à l'humanisation des échanges. Dans les marchés du village, on peut marchander, on y fait des rencontres avec les villages alentour ; « dans un marché, on n'est jamais seul ». Toutes valeurs qui favorisent la cohésion sociale.

T. Boni s'interroge ensuite sur la place « physique » du village. Le village n'est-il pas en perpétuel déplacement ? Quelque soit le village, l'Africain vit dans l'intervalle entre ville et village où s'opèrent les échanges commerciaux, les déplacements de population ; « la ville est attirée par le village et le village est attiré par la ville ». La conscience de cette multiplicité de vies à cette intersection ville / village fait « que le village nous habite et que nous habitons le village que nous nous choisissons ». Mais T. Boni insiste sur le caractère ambigu de l'objet village. C'est un objet bien réel où vivent des centaines de millions d'hommes et de femmes. Mais il peut devenir un mythe : le lieu idéal de repli identitaire, une sorte de refuge pour fuir la réalité et refuser d'aller de l'avant. Ce repli sur un village mythique auquel poussent parfois des associations de défense de villages, ou ce regard porté par l'extérieur sur la manière d'être « à l'africaine », n'apporte rien au développement.

T. Boni pose la question de ce que peut nous apporter un village. Il apporte d'abord une manière de vivre ensemble. Elle évoque le sens de la famille, les liens que les femmes tissent entre elles par l'écoute, les confidences, la confiance. Dans ce contexte, l'enfant est l'enfant de la sœur, de la cousine, de la voisine ...Cette fraternité va de pair avec ce mécanisme de régulation qu'est la chaîne de la parole : on apprend à écouter et à prendre la parole à bon escient. Il existe des cas de rupture de la chaîne de la parole qui peuvent, au lieu de poser problème, resserrer les liens sociaux. C'est cette « parenté à plaisanterie »            entre            familles            d'un même village ou entre personnes qui se prévalent de liens anciens.

Autre apport : le sens de la solidarité. Mais celui-ci est mis à mal par l'argent roi.

Dans l'art de vivre ensemble, la « réparation symbolique » veut que toute faute doive être réparée ne serait-ce que de manière symbolique. Par exemple, dans le centre de la Côte d'Ivoire, un adultère peut être réparé, non par un divorce, mais par un repas rituel où les deux hommes en conflit se partageront une papaye, des colas ou un cabri.

Pour conclure, T. Boni pense que l'existence d'un village, réel ou imaginaire, nous apprend à bien repenser l'éducation, la transmission des valeurs, la manière de gouverner, de réparer et de punir. Le village est le lieu d'habitation des hommes et des femmes où gravitent des vies plurielles « qui donnent sens à l'existence humaine ». Rien n'y est exclu, ni violences, ni conflits, ni prédation de la nature, mais y « existent des mécanismes de régulation et de réparation, des points de repère qui sont des valeurs que nous pouvons partager en les adaptant à notre milieu de vie ». Le village théorisé se situe dans un monde qui s'appelle dans quelques langues dunya. " Même dans les vil-les, nous habitons dans dunya, fait d'inégalités, mais où l'espoir est encore permis ».

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