Côte d'Ivoire: Un conte Akyé

Auteur : Antoine Cailhoux, sma

Date de publication : dimanche 14 septembre 2008

Cet article appartient aux catégories suivantes : Côte d'Ivoire, Culture.

Ce conte akyé rappelle qu’on ne doit pas relancer une ancienne affaire en cherchant à se venger ; le pardon a été, donné, l'affaire est classée. La coutume exige que la page soit tournée.

Voici un conte que deux griots masqués (A et B) racontent, le soir, au village. Ils le dialoguent et le miment avec force pitreries. Ce conte met en scène trois habitants du village :

- Boton, le rat des champs.  - Pichialé, l'écureuil.  - Ahèdzeu, personnage bon, de bon conseil, dont le nom signifie "Bonjour, Dieu".

(A) En ce temps-là. En ce temps-là. C'était, tous les jours, beau temps au village (1).

En ce temps-là, Ahédzeu avait creusé une fosse au bout de son champ,  pour piéger les agoutis, ces pilleurs de manioc (2).

Et voilà que le fils de Boton est tombé dans la fosse.

Pourtant. Ahédzeu avait planté un piquet, surmonté d'une grosse poignée d'herbe.

Oui. Boton fils, un pique-partout, mauvais comme la guêpe, qui ne lève jamais les yeux vers le ciel (3). il est tombé dans la fosse aux agoutis.

C'est de là que vient son caractère caressant comme le dos du hérisson.

C'est de là que vient la bosse de son dos.

Cette bosse ! la famille Boton l'a pleurée des deux yeux, pendant une lune.

Et tous les voisins ont ri, de tout coeur, pendant deux lunes.

(B) Mais le jugement fut vite trouvé, et la honte vite oubliée. Cependant, Boton en garde une dent contre Ahedzeu.

(A) En ce temps-là, c'est tous les jours beau temps.

Les devins ne voient venir aucun malheur, ni dans leurs songes, ni dans la fumée de  leur cuisine.

(B) Or, voici que Boton crie à pleins poumons.

Sur la place du village, il pleure, il se roule de douleur. Il s'arrache les oreilles, il gémit

(A) "Oh ! Yaoh ! Quel malheur! Quel grand malheur! Vraiment, qu'ils sont mauvais, les gens d'aujourd'hui. Oh ! quel malheur

(B) "Comment ? Boton, qui t'a frappé ?"

(A) "Oh ! Yaoh ! Quel malheur ! Appelez les vieux ! Frappez le tam-tam ! Oui. le tam-tam de la mort ! Venez tous ! Quel malheur

(B) "Boton ! Boton ! C'est moi, Pichialé, ton frère. Pichialé, c'est moi. Raconte-moi vite. Console-toi

(A) "Ah ! mon frère Pichialé. Merci ! Regarde donc la lune ! Elle est vidée ! Hier, elle était bien ronde, toute pleine.

Regarde, elle est pointue comme le dard de l'abeille, des deux bouts.

Toute sa graisse est partie. Regarde ! D'habitude, ça se fait doucement, tout doucement.

Cette graisse de lune est bonne pour le mal aux dents, elle soulage le mal au dos.

Il y en a pour tous. Les abeilles en font leur miel. Tout est parti...

Oh que je souffre ! Venez tous, venez tous."

(B) "Boton, Boton, console-toi. Raconte-moi vite. Qui a fait cela ?"

(A) "Celui qui a des bonnes dents. Un bon bec. Une bonne machette.

C'est lui qui a coupé la coquille en or-blanc de la lune".

(B) "Bien dit", ajoute l'araignée. "Cherchons les morceaux. Nous verrons quel brigand a bu la graisse de la lune".

(A) "Ce n'est pas moi", dit le pic-vert. "La graisse de la lune, c'est mon tabou".

(B) "Oui". dit Boton. "allons dans le champ d'Ahédzeu.

Là-bas, c'est bien débroussé. Nous y trouverons les tessons de la lune.

Nous verrons quelle langue doit être coupée".

(A) Le mouton demande : "Combien de temps garderez-vous le deuil ? (4)

(B) "Cherche, paresseux !". lui dit Boton.

(A) Dans les patates d'Ahédzeu, ça fouille, ça gratte. Tout le village est là, en fièvre ! Quel gâchis !

(B) Ahédzeu intervient : "Non ! Allez voir sur la route ! Arrêtez !

C'est sur la route qu'on trouve les choses perdues !

Non ! Arrêtez ! Rien n'est tombé ici !

Les morceaux de la lune sont ailleurs ! Arrêtez

(A) "Ecoutez ! Ecoutez !" crie Boton, "comprenez-moi.

Ahédzeu sait tout : il a trouvé l'or de la lune, c'est beaucoup. Courez chez Ahédzeu.

Allons tous lui emprunter l'or-blanc de la lune".

(B) Ahédzeu a entendu la mauvaise langue de Boton.

Il ne discute pas, ce serait peine perdue. Dans son village aussi, la promesse insensée lance le plus grand nombre dans les chasses les plus acharnées.

Ahédzeu le sait. Il court chez lui. Vite. il attache à son bras son bracelet porte-bonheur.

Et bien vite, Ahédzeu sort par la porte de la cuisine.

(A) Ahédzeu est parti, loin, derrière la rivière, derrière la forêt, très loin. Et, depuis ce temps-là. c'est souvent le mauvais temps. au village (5).

(1) C'est-à-dire la bonne entente avec les voisins, l'absence de palabres, donc la bonne santé pour tous.

(2) On a une bonne raison de poser des pièges aux agoutis pour protéger la récolte de manioc, qu'ils viennent saccager. La coutume exige qu'on place un tel signal pour prévenir les passants du danger. Ahedzeu n'est donc pas responsable de la chute de Boton.

(3) Proverbe qui signifie : il ne consulte pas les ancêtres.

(4) Le mouton est l'animal qu'on tue pour le sacrifice. Il s'inquiète donc de ce qui va se passer quand on aura trouvé le coupable. Car le coupable devra offrir un sacrifice pour reconnaître son tort, et pour que l'affaire soit définitivement réglée et oubliée.

(5) Comme Ahédzeu a dû fuir le village, il n'est plus là pour donner de bons conseils. C'est donc le "mauvais temps", c'est-àdire les palabres, les maladies, toutes sortes de malheurs. Et tout cela par la faute de la mauvaise langue de Boton. qui a voulu réveiller une ancienne affaire, en cherchant à se venger.

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